Totem d’Alicia PENALBA et l’Eveil de la nature de Jean-Paul Riopelle
L’obligation de décoration des constructions publiques, plus communément dénommée « 1% artistique » est une procédure spécifique de commande d’œuvres d’art à des artistes. Elle impose aux maîtres d’ouvrages publics de réserver 1% du coût de leurs constructions à la commande ou l’acquisition d’une ou plusieurs œuvres d’art spécialement conçues pour le bâtiment considéré.
C’est ainsi que l’École AM de Bordeaux-Talence en a bénéficié lors de sa construction et que deux œuvres d’Arts décorent extérieur et intérieur de l’Ecole.
Le Totem
L’œuvre d’art : le « Totem » d’Alicia PENALBA, installée sur la pelouse extérieure est visible depuis l’esplanade des Arts et Métiers.
Alicia PENALBA, artiste franco-argentine (1913-1982), décède dans un accident de la route à Saint-Geours-de-Maremne en novembre 1982. En se rendant dans les Landes, elle était passé à l’École revoir « son » Totem !
L’éveil de la nature
Le tableau du peintre Québécois Jean Paul RIOPELLE (1923-2002) mis en place au début de l’année 1973 dans le hall d’honneur de l’École avait été accroché par les services de la DRAC (ou du FRAC).
En 1993, l’École sur la demande du ministère des affaires culturelles a prêté le tableau pendant 2 mois, et ce sont à nouveau les services de la DRAC (ou du FRAC) qui sont venus décrocher, emporter, puis raccrocher le tableau à sa place dans le hall d’honneur (à gauche en rentrant).
Et donc, en 2013 pour le 50ème anniversaire de l’École AM de Bordeaux, on admirait « l’éveil de la nature » ainsi :


C’est ainsi aussi qu’il figure dans l’ouvrage édité en 2013 : L’École des Arts et Métiers de Bordeaux, 50 ans d’histoire 1963-2013, éditeur : Le bord de l’eau.
Après la mort de son père, sa fille Yseult RIOPELLE a effectué une tournée en Europe pour notamment voir (ou revoir) les œuvres de son père. Elle est naturellement venue en 2014 ou 2015 à Talence pour contempler ce tableau.
Cette personne a déclaré que le tableau de son père avait été « accroché à l’envers », ou plutôt que les panneaux gauche et droit étaient à l’envers et devaient être changés de côté.

À la décharge des directions successives :
- le tableau ne comporte pas de signature apparente du peintre ou d’indications d’accrochage sur le cadre, ce qui aurait permis de « l’orienter » convenablement,
- il est permis de penser que la DRAC était compétente et savait ce qu’elle faisait.
Si vous avez maintenant l’occasion de visiter le hall d’honneur de l’École AM, vous verrez ce tableau accroché « correctement ! », sur le mur opposé par rapport à l’origine, c’est-à-dire : à droite en rentrant dans le hall d’honneur.
Il est à noter que l’École n’est pas propriétaire de ces œuvres mais « affectataire », c’est-à-dire qu’elle a tous les droits du propriétaire (par exemple de faire payer pour les contempler), sauf celui de la vendre. Encore qu’avec la loi sur l’autonomie des établissements supérieurs et leur passage aux RCE, ce point soit discutable.
Glossaire : DRAC : Direction Régionale des Affaires Culturelles
FRAC : Fonds Régional d’Art Contemporain
RCE : Responsabilités et Compétences Élargies
Peut-être que les personnels de la DRAC (ou du FRAC) ayant initialement mis en place le tableau ont été influencés par cette affiche datant de 1972 qui annonçait une exposition de J-P RIOPELLE ; on y retrouve le thème du tableau « l’éveil de la nature ».

Enfin, dans Le Figaro du 29 octobre 2022, on peut lire un article dont le début commence ainsi :
« La découverte est renversante. Les conservateurs de la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, le musée d’art public allemand de Düsseldorf, se sont rendu compte que l’un de leurs chefs-d’œuvre était accroché à l’envers sur sa cimaise. Il s’agissait de New York City I, une huile et papier sur toile du peintre abstrait néerlandais Piet Mondrian. Non signé, le tableau aurait été mal accroché depuis 77 ans ; dans l’indifférence générale.«
L’ENSAM n’a donc pas l’exclusivité des erreurs d’accrochage !
Quelques informations sur les deux artistes
Alicia PENALBA
Alicia PENALBA est une artiste franco-argentine (1913-1982). Sculptrice non figurative, elle est née en 1913 à San Pedro, dans la province de Buenos Aires.
Très jeune elle manifeste son intérêt pour le dessin et la peinture. En 1930, elle entre à l’école des beaux-arts de Buenos Aires où elle obtient le diplôme de professeur de dessin et de peinture, participe à des salons et à des expositions collectives, obtenant plusieurs prix nationaux.
Lauréate en 1948 d’une bourse du gouvernement français, Alicia Penalba s’installe à Paris. Elle s’inscrit à l’école des beaux-arts en gravure et, à partir de 1949, commence à sculpter dans différents ateliers.
En 1951 elle crée sa première sculpture non figurative et détruit la plupart de ses premiers travaux. À partir de 1953, elle entreprend, autour de rythmes verticaux, des séries de Totems.
La sculpture monumentale d’Alicia Penalba a été installée à l’entrée du campus de l’ENSAM Talence. L’œuvre s’inscrit dans la série des « Totems », caractéristique de l’artiste. Ces sculptures, souvent en bronze, évoquent des formes verticales inspirées de la nature, de l’architecture ancestrale et de symboles mythiques. Alicia Penalba, est reconnue pour son approche abstraite et spirituelle, mêlant organicité et géométrie.
Ses œuvres, à la fois puissantes et poétiques, sont considérées comme des jalons majeurs de la sculpture abstraite d’après-guerre.
Jean Paul Rosaire Riopelle
Jean Paul Rosaire Riopelle est né à Montréal le 7 octobre 1923. Il commence à dessiner très jeune et peint des paysages, des personnages et des natures mortes. Son jeune frère Pierre meurt en 1930. Cette expérience avec la mort lui laisse des traces profondes qui vont influencer son œuvre.
Jean-Paul Riopelle est célèbre pour ses œuvres abstraites inspirées par la nature. « L’éveil de la nature » s’inscrit dans cette veine : ses toiles, souvent réalisées d’un seul jet, capturent la sensation physique et l’énergie du monde naturel plutôt qu’une représentation littérale. Riopelle utilisait des touches de peinture épaisses, appliquées au couteau, créant une texture dense et tourbillonnante qui évoque le foisonnement infini de la nature.
Riopelle a toujours revendiqué une approche abstraite, refusant la perspective et l’horizon. Ses œuvres, sont des paysages mentaux, des expressions de l’instant et de l’émotion pure, où la matière picturale devient presque sculpturale.

